DIAGNOSTIC . Novembre 2003 . FUSIONS ET ACQUISITIONS

L’accord de Bâle II risque de provoquer l’asphyxie financière dut " Mittelstand " allemand Conséquences pour la filiale française

« Le "Mittelstand" souffre d’une sous-capitalisation chronique »

Principale source de financement du " Mittelstand " en Allemagne, les banques devront accroître leurs fonds propres pour couvrir les risques de défaillance de leurs clients.

Un nouveau ratio de solvabilité bancaire, le ratio McDonough, pourrait engendrer une pénurie de moyens financiers pour nombre d'entreprises. Cette nouvelle réglementation élaborée par le Comité de Bâle prévoit en effet de durcir les règles de couverture des risques pour les établissements de crédit. Jusqu’à présent ceux-ci étaient contraints de bloquer une partie de leurs fonds propres correspondant à 8 % des montants prêtés, pour couvrir les risques attachés à leurs engagements. Dorénavant cette part sera variable et calculée en fonction d’une évaluation individuelle du risque de non-recouvrement encouru pour chaque engagement et chaque client. Pour bon nombre de crédits accordés aux entreprises, cela se traduira par une hausse de 300 % à 400 % des fonds propres nécessaires chez les banques. Conséquence immédiate : le renchérissement ou la disparition pure et simple de l’offre de crédit pour les entreprises jugées à risque par leur banque.

Attendue pour la fin de l'année, la signature de cet accord devrait être finalement repoussée au printemps 2004, retardant son entrée en vigueur qui devrait intervenir au plus tôt dans le courant, voire à la fin de l'année 2007.

Néanmoins cette réforme inquiéte dès à présent le " Mittelstand " allemand, qui représente entre 96 et 99% des entreprises allemandes et plus de 45% des emplois et des investissements outre Rhin. Le " Mittelstand " se caractérise, en effet, par une sous-capitalisation chronique. Les fonds propres ne représentent en moyenne que 19% du total du bilan, contre 34% en France ou 46% aux Etats-Unis.

Ces entreprises se financent majoritairement par le recours au crédit bancaire. Une raréfaction de l’offre de crédit aurait donc des conséquences dramatiques.

Réagir dès à présent

Ces entreprises allemandes vont donc dès à présent se préoccuper de la structure de leur bilan et chercher des alternatives pour leur financement. Cette recherche ne se limitera pas à l’Allemagne. Dans le cadre d’une stratégie groupe, la filiale française sera nécessairement mise à contribution.

Aussi, dès maintenant faut-il que celle-ci se rapproche de ses partenaires financiers habituels pour trouver des moyens de financement complémentaires ou alternatifs : leasing, lease-back ou location financière pour l’acquisition d’immobilisations ; mobilisation de créances commerciales ou factoring pour financer le crédit client…

De même, il sera utile qu’elle prenne avis de ses conseils afin de réduire ses grandes masses bilancielles pour présenter des états financiers plus " légers ", mieux structurés pour les comptes consolidés du groupe : escompte du papier commercial pour alléger le poste clients, utilisation des montants dégagés pour un règlement plus rapide en fin d’exercice des fournisseurs avec obtention d’un escompte de règlement permettant ainsi de réduire le pied de bilan, placement des excédents de trésorerie auprès de la maison mère pour compensation de dettes et créances au moment des opérations de consolidation...